Projet Abts aux Abrets
 

 

Ils avaient posé quatre bleus sur le mur de la cuisine. La réponse était verte, et elle était déjà dans le jardin.

Aux Abrets-en-Dauphiné, une pièce de vie ouverte: cuisine, salle à manger, salon, que les propriétaires avaient décloisonnée eux-mêmes, sans que l'ensemble trouve son unité. J'ai composé à partir de ce qui était déjà là : un jardin dense derrière la baie, et trois chiens dont la place n'avait jamais été prévue. 

 



Etat des lieux 
(Avant)
 

Ce qui coince
C'lecte · l'émotion

 

Ce qui m'a fait venir chez M. et P. tenait sur un mur : quatre essais de bleu, posés côte à côte, et une décision qui ne venait pas.

La cuisine avait déjà été ouverte sur la salle à manger et le salon, ils l'avaient fait eux-mêmes. Le volume était gagné. Mais une pièce qu'on ouvre ne se recompose pas toute seule : le mobilier venait de différentes époques, les murs taupe absorbaient la lumière des deux fenêtres, et rien ne se répondait.

Et puis il y avait les chiens. Trois. Leur parc grillagé avait sa place dans la pièce de vie toujours visible. Ce besoin-là ne s'est pas formulé comme une demande. Il s'est vu, au premier rendez-vous.

 

 

Faire de la place
Home · le temps

 

Le gros œuvre était fait, alors j'ai lu la pièce par ses usages.

Une exposition traversante. Un espace ouvert qui doit tout faire : recevoir, manger, regarder un film, accueillir les loisirs partagés ou non, et travailler parfois. Et un extérieur qui appelle, juste derrière la baie.

Ce qu'il manquait, ce n'était pas du rangement. C'était que le rangement cesse de se voir : que les meubles accumulés au fil des années laissent place à une ligne unique, et que les chiens trouvent leur place.

Le projet a été pensé par phases. La pièce de vie d'abord, l'entrée et le couloir ensuite. Chaque décision a eu le temps d'être vécue avant qu'on engage la suivante.

 

 



Projections 
3D photoréalistes
 

Se projeter avant de bâtir
D'sign - la projection

 

Avant que la Menuiserie Colomb ne coupe la première planche, chaque meuble a existé en volume.

J'ai modélisé la pièce entière : les hauteurs, les profondeurs, le raccord du panoramique sur la fenêtre en arche, la lumière des niches à la tombée du jour. Les décors ont été posés sur les façades du mobilier sur mesure, selon la sélection : chêne Halifax tabac, vert sauge, vert minéral.

C'est là que se règlent les choses qu'un plan ne montre pas. Si une façade vert minéral tient à côté du panoramique. Si un plateau en deux niveaux allège le bahut ou l'alourdit.

Tant que le meuble n'est qu'un trait, on peut encore revenir dessus.

 



Réalisations

 

Ce qui prend forme
D'sign · l'espace

 

La direction est venue du jardin. Ils avaient passé des années à le composer la haie, la piscine, le vert dense, et l'intérieur ne lui répondait pas. Un panoramique végétal est entré dans la pièce de vie, contournant la fenêtre en arche comme si la végétation continuait derrière le mur.

Autour, une seule famille de matières : chêne Halifax tabac, vert sauge, vert minéral. L'enfilade court sur toute la longueur du mur télévision et porte l'écran sans qu'il prenne toute la place. Une bibliothèque encastrée, éclairée dans ses tablettes, sépare le panoramique de la baie sans fermer la pièce. Les arches reprennent un dessin que la maison portait déjà au-dessus de la porte d'entrée, et dans le salon, sans que rien l'ait relié jusque-là.

Et il y a le bahut. Vu de face, c'est un bahut : trois modules, un plateau en deux niveaux. Les façades du centre sont aimantées, elles s'enlèvent, et derrière il y a l'espace de couchage des chiens, fermé par un système coulissant à barreaux. Ils ont leur place dans la pièce où la famille se tient, et cette place se referme.

 

 



Après
 

Ce qui affleure
L'émotion qui reste

 

Ce que j'en sais tient dans deux phrases. Le 14 février 2025, devant le salon : elle était aux anges. Le 27 juin, deux personnes venues chez eux lui ont dit qu'on aurait cru une maison témoin.

Je n'ai pas encore la phrase qui dit ce qu'ils ressentent en entrant, le soir. Je la leur demanderai.

 

 


Je ne suis jamais loin

 

Tout a commencé par un mur de peinture qu'ils n'arrivaient pas à trancher seuls. La pièce de vie est faite. L'entrée et le couloir viennent ensuite, avec un vestiaire sur mesure et le panoramique prolongé jusqu'au seuil.

Le rythme reste le leur. Je reste disponible pour ce que la vie déplacera.

 

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